
Partie 2: Oksana Corp.


Albane poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle se réveilla dans sa chambre, dans la villa de Manny. Elle s’y sentait en sécurité, en pleine possession de tous ses moyens. Il lui suffisait d’être près de Manny pour n’avoir plus peur de rien, comme s’il avait la capacité de la protéger de tout. Cela tenait sans doute au fait qu’il s’était toujours occupé d’elle. Il avait été pour elle la mère qui l’avait quasiment abandonnée à sa naissance, la figure stable et réconfortante d’un père, remplaçant son vrai père qui n’était qu’un papillon distrait et mondain.
Elle se rappela leur conversation de la veille, dans le jet privé de son grand-père. Celui-ci était vraisemblablement fou de rage, et paraissait prêt à tout pour trouver le responsable. Ce qui faisait le plus de mal à Albane, c’était qu’il se sentait coupable. Il était persuadé que c’était lui qu’on voulait atteindre en s’en prenant à sa petite-fille.

Mais ce qu’Albane ne comprenait pas,
c’était qu’on lui ait fait tout ce mal avant
d’essayer de la tuer. Elle ne se rappelait de rien, mais
n’avait pas de difficulté à imaginer quelle avait dû être sa
souffrance, vu l’état dans lequel elle se trouvait. Il devait
y avoir autre chose... Quelque chose qu’elle avait dû
découvrir, et malheureusement oublier. Elle avait essayé
d’expliquer son point de vue à Manny, mais celui-ci
n’avait pas eu l’air très convaincu. Maintenant, elle
avait décidé de chercher ce qui avait pu se passer pendant ce temps
qui avait disparu de sa mémoire. Et elle se sentait prête à se
mettre à la tâche tout de suite. Elle songea qu’il était
dommage qu’elle n’ait jamais songé à tenir un journal
intime. Cela aurait pu lui être utile. Tant pis !
Elle sa prépara en hâte et rejoignit Manny dans
son bureau, au siège d’Oksana Corp.
- Salut Manny !
- Bonjour petite ! Ça va mieux ?
- Je suis en pleine forme! s’écria-t-elle, avant
de réprimer un cri de douleur. Flûte ! grimaça-t-elle.
J’avais oublié mon épaule !
Emmanuel Folly Oksana sourit en regardant sa petite-fille
s’affaler dans le divan.

- Tu trouves ça drôle, je parie ! grogna-t-elle.
- Pas du tout ! se récria-t-il. Dis-moi, petite, que
comptes-tu faire aujourd’hui, à part aller à Luminy pour
monsieur Fersen ?
- Je vais aller voir Leslie ou les jumeaux pour savoir
ce qui s’est passé le soir où j’ai perdu la mémoire.
»
La peur envahit le regard de Manny.
- Albane ! Je ne veux pas ! Ne joue pas à ça !
- Pourquoi ?
Le milliardaire parut soudain plus que son
âge.
- Je t’en prie, Albane. Je ne veux pas que tu
coures le moindre risque. S’il t’arrivait quelque
chose, comme à ton père et ta belle-mère, je ne pourrais pas y
survivre ! Et si des gens ont trouvé bon de te faire tout ça,
c’est sûrement parce que tu savais quelque chose de dangereux
pour eux…
- Justement ! coupa Albane d’un ton assuré.
S’ils apprennent que j’ai survécu, ils ne voudront pas
courir le risque que je me rappelle tout… Donc j’ai
intérêt à les trouver avant qu’eux ne me trouvent ! Mais
qu’as-tu dit à propos de Papa et de Gladys ? Tu avais reçu
des menaces ?
Manny Oksana baissa la tête.
- Je n’ai jamais trouvé le courage de te le dire,
mais… ils ont été assassinés. Ce n’était pas un
accident, mais un attentat.
- C’est terrible ! Mais cela ne m’arrêtera
pas ! Je veux savoir qui m’a fait ça ! Et si c’est le
même pour Papa, je le…
- Tu es comme moi, Albane ! Aussi têtue ! Alors, tu ne
feras pas un pas dehors sans protection !

- Quoi
?
- J’ai fait appel à deux gardes du corps. Je veux
que ta sécurité soit assurée jour et nuit, mon Albane.
J’avais reçu des menaces te concernant ainsi que ton père et
sa nouvelle famille, et je ne les avais pas prises au sérieux. Tu
as vu le résultat ! Ils sont au courant de tout ce qui t’est
arrivé et veilleront sur toi.
- Manny, je t’en prie !
- Pas question que je te laisse sortir seule !
- Manny !
Albane lut dans les yeux de son grand-père tant
de détermination qu’elle comprit que toute discussion était
vaine.
- Non !
- Bon ! se résigna-t-elle. Je vais partir pour Luminy
dans une demi-heure. Préviens tes gorilles !
- Ils sont là. Je vais te les présenter.
Il décrocha son téléphone et appela sa
secrétaire.
Trois minutes plus tard, deux « armoires à glace » pénétraient dans le bureau.

- Albane, voici Christian Dietz, et Andrew Whiteman.
Messieurs, ma petite fille.
Albane serra les mains qu’ils lui
tendirent, et poussa un soupir.
- Je prends un café et on y va, messieurs. OK ?
- Pas de problème ! fit Andrew Whiteman avec un fort
accent américain. Nous vous attendons, miss Folly.
Albane se demanda avec une pointe d’humour
comment ses deux cerbères allaient pouvoir entrer dans sa petite
voiture.
- Monsieur Dietz ? Monsieur Whiteman ? Je suis prête
!
- OK, miss Folly ! Juste un détail ! Vous pouvez nous
appeler Drew et Chris, si vous voulez. On n’est pas trop
protocolaires…
- Parfait ! rétorqua-t-elle. Et d’ailleurs, on va
mettre les choses au point tout de suite. Je ne veux pas que
quiconque sache que je suis protégée ! Donc pas de cinéma ! Vous
m’appelez Albane, on se tutoie, et pour le reste du monde,
vous êtes des copains américains que nous hébergeons !
J’espère que ça vous va ! Dans le cas contraire, je vous
fausse compagnie à la première occasion, et tant pis pour Manny
!
Les deux hommes se regardèrent en haussant les
épaules, un sourire narquois aux lèvres.
- Génial ! commenta Chris. Le grand-père en plus
féminin, et en modèle réduit ! Qu’en penses-tu Drew
?

- Je parie qu’elle serait capable de mettre sa
menace à exécution ! Et de réussir ! OK, baby ! Tu nous sers de
guide en France, et on te protège du mistral !
Albane éclata de rire.
- Je sens qu’on va bien s’entendre.
Direction la fac !
Accompagnée des deux hommes, Albane traversa la
faculté de Luminy, et trouva l’ami de Jonathan dans la
cafétéria. Il lut la lettre que Jonathan avait écrite, puis fit un
grand sourire.
- C’est bon, mademoiselle. Je m’occupe de
tout. »
Albane passa l’après-midi à
essayer de joindre tous ses amis avec qui elle avait fait la fête
quinze jours plus tôt. Seule une de ses meilleures amies était chez
elle.
- Salut Leslie !
- Albane ! s’exclama la jeune femme blonde. Mais
où étais-tu passée ? Entre donc !
- Leslie, je te présente Chris et Drew, des amis
américains.
- Enchantée ! Venez vous asseoir dans le
jardin.

«
Alors, Albane, tu dois
avoir des tas de choses à me raconter ! Où ton cavalier de
l’autre soir t’a-t-il emmenée ? »
La jeune informaticienne frissonna. Ainsi il y
avait eu quelqu’un…
- J’aimerai bien le savoir, imagine-toi ! Je vais
te sembler bizarre Leslie, mais il faut absolument que tu me dises
ce qui s’est passé le soir où on a fait la fête tous
ensemble.
- Mais tu y étais !
Albane poussa un soupir.
- D’une certaine manière, non ! Je n’ai
plus aucun souvenir à partir d’environ une heure du matin,
quand on est arrivés en boîte !
- Tu te fiches de moi ?
- J’en ai l’air ?
Leslie ouvrit des yeux ronds en comprenant que
son amie ne plaisantait pas.
- Pourtant… Ça risque de t’étonner
alors… Je me souviens que tu étais folle de joie
d’avoir terminé ton doctorat. Comme d’habitude, tu as
beaucoup dansé… Avec Lucas et Romain évidemment… Mais
comme je suis restée dans les bras de Michel toute la
soirée…
Albane sourit.
- Je savais qu’il en pinçait pour toi ! Jusque là
tout est normal !
- Attend la suite, Al ! Vers une heure du matin, un
gars que personne de la bande ne connaissait est venu te parler, il
t’a invité à danser, il t’a payé un verre. Tu semblais
intriguée au début mais il t’a très rapidement apprivoisée
!
- Je ne me rappelle pas du tout de ça, Leslie ! Et
après ?
- Vers trois heures on a tous décidé de rentrer, sauf
toi. Les jumeaux ne voulaient pas te laisser seule, mais tu as
affirmé que ton ami te raccompagnerait… Tu sais, quand on
est partis, je ne t’avais jamais vue dans un état pareil,
Albane. Tes yeux brillaient, et tu semblais euphorique. Tu ne
t’en souviens vraiment pas ?
Albane secoua la tête en signe de dénégation, et
son amie hésita avant de continuer, l’air gêné.

-
Pourtant, tu avais l’air au mieux avec ce type. Tellement que
les deux jumeaux nous ont fait une crise de culpabilité dans la
voiture. Ils avaient un mauvais pressentiment et ton gars ne leur
plaisait pas du tout. Romain a dit qu’il n’aimait pas
la lueur dans ses yeux quand il te regardait. Selon lui, il était
sûrement dangereux. D’ailleurs ce n’était pas très
sympa de ta part de l’embrasser devant nous comme tu
l’as fait ! Tu avais complètement oublié ta discrétion
habituelle, et votre attitude à tous les deux était… un peu
gênante…
- Mon Dieu ! murmura la petite-fille de Manny.
J’ai fait ça ? Je suis restée avec un inconnu ? Je me suis
donnée en spectacle ainsi ? Mais c’est impossible
!
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